Réalisée entre la mi-janvier et le début février 2026 dans cinq pays européens, la dix-septième vague du Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF dresse un constat sombre sur l’état de l’opinion en France. Mais au-delà d’un rejet des élites atteignant un niveau record, cette défiance massive envers la Ve République ne traduit-elle pas une mutation profonde des attentes citoyennes ? Flora Chanvril, ingénieure de recherche au CEVIPOF, décrypte dans cette note comment l’aspiration à une démocratie directe surgit désormais au cœur de la crise de confiance institutionnelle.
En janvier 2026, 76 % des personnes interrogées estiment que la démocratie ne fonctionne « pas très bien » ou « pas bien du tout » en France, un niveau inédit depuis la création du Baromètre de la confiance politique en 2009. Ce diagnostic très négatif ne s’accompagne toutefois pas d’un rejet du principe démocratique : 82 % estiment qu’avoir un système démocratique est une bonne chose. En revanche, ils souhaitent un rôle davantage actif pour les citoyens « ordinaires » : 72% pensent que la démocratie fonctionnerait mieux si les citoyens étaient associés plus directement aux décisions politiques.
Dans ce contexte, les données montrent un soutien massif des Français à des instruments de démocratie plus directe ou participative. Alors que le dernier référendum national remonte à plus de 20 ans, près de huit Français sur dix (79 %) se déclarent favorables à un recours plus fréquent au référendum pour décider de lois ou de politiques publiques importantes. Ce niveau d’adhésion, socialement très homogène, confirme une tendance de fond : face à la crise de confiance envers les institutions représentatives, le référendum apparaît comme un outil de réappropriation du pouvoir politique par les citoyens. Des clivages politiques existent néanmoins : le soutien baisse à 66 % parmi les sympathisants Renaissance tandis qu’il atteint 91 % chez les personnes se déclarant proches d’un parti d’extrême droite.
L’organisation de conventions citoyennes recueille également une large approbation (71 %). Ces dispositifs, fondés sur la participation directe de citoyens à la délibération publique, se sont durablement installés dans le paysage démocratique français à la suite des expériences récentes d’assemblées citoyennes. La soumission à référendum des propositions issues de ces conventions bénéficie aussi d’un large soutien (79 %).
Pour autant, 76 % des Français interrogés restent attachés au vote comme outil d’expression démocratique. Ce résultat rappelle un paradoxe : si la démocratie représentative est jugée sévèrement (défiance envers les partis, sentiment d’un personnel politique éloigné des préoccupations quotidiennes, perception d’un système inefficace), elle n’est pas rejetée dans son principe. Les citoyens cherchent avant tout à la compléter et à la corriger.
Le référendum et les conventions citoyennes apparaissent ainsi moins comme des alternatives que comme des instruments de compensation d’un déficit de confiance. La crise démocratique française n’est pas une crise du principe démocratique, mais une crise de ses modalités d’exercice. La capacité du système politique à traduire ces attentes en dispositifs crédibles et efficaces constitue donc un enjeu central pour éviter un renforcement de la désillusion démocratique, avec des risques de distanciation accrue du politique ou de radicalisation des attitudes politiques.
Source : Conférence Sciences Po