“Avec des résultats racontant des histoires très différentes, il est très difficile de brosser un tableau cohérent de ce que les élections de ce soir disent de l’humeur nationale”, prévient Politico Europe au moment d’analyser le second tour des municipales 2026. Le site dresse toutefois une liste de “gagnants et de perdants”. Dans le premier groupe : Emmanuel Grégoire à Paris, Édouard Philippe au Havre, Éric Ciotti à Nice et le Rassemblement national (RN). Le RN est cependant classé aussi parmi les perdants avec les alliances de gauche, les Verts et Emmanuel Macron.
Au Royaume-Uni, The Times compare les dynamiques du RN et de La France Insoumise (LFI), similaires selon lui. Dans les deux cas, les résultats décevants (LFI a pris Roubaix mais n’a pas gagné à Toulouse, le RN n’a pas réussi à conquérir Nîmes, Toulon ou Marseille) avaient été précédés d’un élan positif.
“Les élections locales françaises sont un indicateur pour l’extrême droite. Les premiers résultats sont mitigés”, constate The New York Times. Le journal américain note que, “depuis des mois, l’extrême droite semble promise au gouvernement, ses leaders détenant une large avance dans les sondages un an avant l’élection présidentielle”. Mais, nuance le New York Times, en l’absence de “victoires qui auraient électrifié l’extrême droite et alarmé ses adversaires”, les résultats obtenus confirment malgré tout que le parti reste “une force avec laquelle il faudra compter” à treize mois de la présidentielle.
Les médias étrangers analysent en effet ces municipales à travers le prisme de 2027. “Au-delà des noms des futurs maires, il était crucial d’observer la réaction des citoyens face aux alliances entre les différentes factions de gauche. Cela valait également pour le rapprochement de la droite traditionnelle avec le RN de Marine Le Pen […]. Il était aussi important de voir si l’un des principaux candidats à la présidentielle de 2027, le modéré Édouard Philippe, conserverait son poste de maire et pourrait maintenir ses ambitions nationales”, peut-on lire dans El País.
L’abstention élevée limite l’analyse
Le quotidien espagnol souligne qu’à Lyon l’écologiste Grégory Doucet, donné perdant dans les sondages, s’est rapproché de LFI et a connu “l’un des rares succès de l’alliance de gauche”. De l’autre côté, la défaite de Laure Lavalette, porte-parole du RN, à Toulon “souligne la nécessité de nouer des alliances si le parti de Le Pen espère l’emporter lors d’un hypothétique second tour de l’élection présidentielle de 2027”. D’autant qu’Éric Ciotti, qui s’est rapproché de l’ancien Front national, a lui gagné à Nice.
“Les jours prochains vont être très agités au Parti socialiste. Le leadership d’Olivier Faure promet d’être contesté, lui qui avait refusé tout accord au niveau national, mais admis, dans une contorsion acrobatique, qu’il puisse y avoir des fusions au niveau local”, signale Le Soir, en référence à l’éventuel rapprochement avec LFI. Or “c’est quand il est resté fidèle à sa parole, refusant les alliances avec un parti dont il dénonçait la dérive antisémite, que le parti à la rose est sorti vainqueur”, considère le journal de Bruxelles. À Paris, à Marseille donc mais aussi à Lille, où le maire sortant, Arnaud Deslandes a préféré s’unir avec les Verts.
En Italie, La Stampa affirme que, “plus qu’un test avant l’élection présidentielle de 2027, le second tour des municipales d’hier a servi de thermomètre pour mesurer la température politique d’une France où les forces les plus extrêmes ralentissent”. À Toulouse, à Clermont-Ferrand ou à Limoges, les alliances entre le PS et LFI ont été des échecs. “Un enseignement dont la gauche devra beaucoup apprendre, alors qu’hier soir plusieurs de ses dirigeants ont appelé à une union raisonnée et structurée”, souligne le journal, pour qui la campagne de 2027 “semble déjà avoir commencé”.
El Mundo présente d’ailleurs Édouard Philippe comme “le candidat modéré le mieux placé pour faire face à l’ascension de l’extrême droite dans les urnes”. Pour l’ancien Premier ministre, ces municipales ont été une “véritable répétition”. Sa victoire au Havre est d’autant plus remarquable que les candidats centristes ont peiné, poussés à s’allier à droite ou à gauche. Un reflet du “désenchantement profond vis-à-vis de la politique traditionnelle qui a, à la fois, fragmenté et polarisé les électeurs français”, clame le New York Times.
Toutefois, “l’abstention élevée invite à la prudence lorsqu’il s’agit de tirer des conclusions catégoriques de ces élections”, insiste ABC. Le quotidien espagnol rappelle que les résultats de dimanche illustrent “non seulement la fragmentation de la politique française, mais aussi le poids local des partis traditionnels (les socialistes et la droite républicaine). Ils continuent à gouverner dans la plupart des municipalités malgré leur déclin national.”