Le 12 août, l’ancien Premier ministre, François Bayrou, dont il faut reconnaître la constance à alerter sur l’état des finances publiques, tint le discours suivant : « La France est au fond du trou. Pour éviter la catastrophe d’un affrontement au second tour de la présidentielle entre LFI et le RN, il faut que toutes les formations qui ont conduit le pays là où il est aujourd’hui, désignent un candidat unique pour s’assurer d’accéder au second tour ». En bon français, « nous avons tous été très mauvais, il faut absolument que nous continuions… »
Qu’on ne se fasse aucune illusion ! cette déclaration d’un cynisme et d’une impudence sans bornes, en dépit des réactions faussement effarouchées des responsables politiques visés, du PS à LR, n’est que l’affirmation du sabotage planifié de l’élection présidentielle. Déjà torpillée en 2017 par un coup d’état médiatico-judiciaire, l’élection le fut à nouveau en 2022 par le sortant, sous prétexte de guerre en Urkaine. Celle du printemps prochain est déjà en cours de sabotage : la déclaration de Bayrou n’a que le mérite de la franchise. L’Union européenne tire profit de la guerre en Ukraine pour poursuivre la construction d’un État fédéral européen aux mains de technocrates non élus. Elle n’a pas hésité à faire annuler la présidentielle du 24 novembre 2024 en Roumanie sous prétexte d’ingérences russes via le réseau Tik Tok. L’enquête avait démontré que le sabotage provenait directement du parti au pouvoir, rapidement, mais suffisamment tard pour que le candidat soutenu par la Commission européenne fût élu entre-temps.
En février 2022, les chaînes de télévision russes émettant en Europe avaient été fermées sur un simple oukase du Président de la commission européenne, Ursula von der Leyen. S’est ensuivie la fermeture de C8 et NRJ12 et, depuis, les menaces, les mises en garde, les amendes pleuvent sur CNews. Cela ne suffisant pas, l’Arcom en est aujourd’hui à adresser des mises en garde sur le contenu même des émissions. Et si les webTV n’entrent pas dans son champ de compétence, on ferme leurs comptes en banque, à l’instar de ce qu’on a fait subir à TVLibertés fin 2023.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuňez, est même allé jusqu’à reprocher aux médias d’avoir fait leur travail : selon lui, la crise migratoire de l’été 2026 ne provient pas de l’invasion migratoire de l’enclave espagnole de Ceuta, mais du fait que les journalistes en aient parlé et en aient diffusé des images. Simultanément, les menaces de censure des réseaux sociaux se multiplient de sources convergentes : le gouvernement ne cesse de hurler à la propagande et aux manipulations russes pour justifier une initiative liberticide quotidienne ; des parlementaires français ou européens exigent de plus en plus de textes restreignant l’expression. Des députés exigent même l’interdiction des réseaux sociaux. Sur ce dernier point, on gagnera peut-être quelques mois de répit après le rejet le 14 août par le Conseil constitutionnel de son interdiction aux moins de quinze ans. Mais quelques mois seulement puisqu’immédiatement après, un communiqué a réaffirmé « la détermination totale de l’Élysée ». Preuve de l’acharnement de Macron à museler la parole, le communiqué annonce qu’il a demandé au Premier ministre de proposer un nouveau texte « d’ici la fin de la mandature ».
En catimini, le 22 juillet, Radio France a retiré près des trois quarts de ses émetteurs à France Musique pour les attribuer à France Info et aux radios régionales, Ici. L’argument officiel est la réalisation d’économies bien qu’on ne comprenne pas très bien pourquoi un émetteur de France Musique coûterait plus cher qu’un relais de France Info qui, en principe, n’a pas recours à la publicité. La réalité est que la propagande gaucho-macronarde de Radio France s’étendra à des millions de nouvelles paires d’oreilles dans les zones rurales, les plus réfractaires au pouvoir en place.
Arcom, Agence de répression et de censure des opinions méprisées
Depuis quelques semaines, tout le chœur des apprentis Macron, d’Édouard Philippe à Xavier Bertrand en passant par Gabriel Attal & Co., se plaignent de cyber-attaques. Lesquelles “cyberattaques” n’ont été vues que par eux et qui, si elles existent vraiment, seront peut-être vues par des âmes influençables qui, sans la publicité qu’ils leur ont donnée, n’en auraient jamais entendu parler. Il s’est même trouvé une péronnelle1 pour affirmer que les incendies dans le sud-ouest de la France, provenaient des Russes.
Les mois qui viennent seront saturés d’accusations de désinformation, de manipulations, ainsi que de menaces de la part de l’Arcom contre tous les médias qui ne filent pas droit, pour faire élire coûte que coûte un nouveau Macron en escamotant tout débat sur le bilan calamiteux de ses quinze années au pouvoir. Cependant, si les sondages persistent à confirmer la volonté des Français de tourner la page, tout est déjà en place : le Conseil constitutionnel a validé, le 5 août dernier, l’article 35 de la loi actualisant la programmation militaire pour la période 2024-2030, créant un « état d’alerte de sécurité nationale ». Un régime d’exception déclenché par simple décret en Conseil des ministres qui permet au gouvernement de déroger au droit commun sous la seule justification d’une « menace grave ». Depuis que Macron a pontifié qu’on était en guerre contre un virus et qu’il ne cesse de se gargariser de « menaces graves » provenant de Russie, il ne se gênera pas pour recommencer si ça l’aide à annuler l’élection présidentielle.
Si toutefois, l’élection présidentielle se tient, Macron a une parade : l’élection devrait2 se tenir les 11 et 25 avril 2027. Macron a décidé contre le plus élémentaire respect des règles, que ce seraient les 18 avril et 2 mai. La campagne électorale s’arrêtera donc le 30 avril à minuit. Le lendemain 1er mai, les cortèges syndicalistes et de l’extrême-gauche hurleront à tous les vents selon le résultat du premier tour. S’il ne convient pas à Macron, son copain Ferrand, à la tête du Conseil constitutionnel, qui se sera fait agonir d’injures pour avoir osé refuser l’interdiction des réseaux sociaux, se fera pardonner par un prétexte tout trouvé : la campagne du second tour s’est prolongée au-delà de la limite légale dans des conditions portant atteinte à la régularité et la sincérité du scrutin. Depuis le précédent roumain, aucun pays de l’Union n’est à l’abri d’une telle infamie.
Les campagnes électorales s’appellent désormais « ingérences intérieures »
La liste des attaques contre les libertés publiques depuis 2017 serait aussi volumineuse qu’un « gros Plutarque à mettre mes rabats »3, comme dit Molière. Le paroxysme de cette dérive institutionnalisée pour la première fois par la publication au Journal officiel de la “loi contre la manipulation de l’information” le 23 décembre 2018, a été atteint cet été avec l’arrêté d’expulsion de Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France, aujourd’hui journaliste à CNews et JDNews, sous prétexte qu’elle serait un agent d’influence russe. Une expulsion d’un journaliste étranger n’ayant commis aucun délit, uniquement pour les propos qu’il tient publiquement, en toute transparence, sans dissimuler ni sa nationalité ni sa vision du conflit russo-ukrainien qui, soit dit en passant, ne concerne d’aucune façon la France, est du jamais vu dans l’histoire de notre pays. Qui plus est, cet arrêté a été signé moins de deux semaines après que Macron eut décerné la légion d’honneur à Siavosh Ghazi, journaliste iranien qui ne présente pas le conflit qui implique actuellement son pays, sous un angle précisément hostile aux mollahs et aux gardiens de la révolution.
En 1964, un certain François Mitterrand commit un essai sous le titre Le coup d’État permanent dans lequel il fustigeait la Ve République et singulièrement son fondateur, en ces termes : « Et qui est-il, lui, de Gaulle ? duce, führer, caudillo, conducator, guide ? À quoi bon poser ces questions ? Les spécialistes du Droit constitutionnel eux-mêmes ont perdu pied et ne se livrent que par habitude au petit jeu des définitions. J’appelle le régime gaulliste dictature parce que, tout compte fait, c’est à cela qu’il ressemble le plus »
Par ces mots, le futur président de la République s’en prenait à ce qu’il appelait le pouvoir personnel de son lointain prédécesseur. Cependant, celui-ci n’avait jamais expulsé de journaliste étranger ; jamais il n’avait fait interdire quelque journal que ce soit. Il n’avait pas davantage fait voter un quelconque texte pour interdire telle ou telle revue pornographique aux moins de quinze ans. Quant au pouvoir personnel, parlons-en ! de Gaulle quitta ses fonctions aussitôt qu’il perdit un referendum. Il n’avait perdu ni une législative, ni une présidentielle. Macron, lui, a perdu toutes les élections qui se sont déroulées dans ce pays à l’exception des deux qu’il a sabotées et manipulées lui-même. Si de Gaulle fut un dictateur, laissons le soin au lecteur de définir ce qu’est Macron. Hélas, il n’est pas seul responsable. S’il est toujours là, c’est d’abord grâce à la complicité des prétendues oppositions.
Depuis plus de quatre ans, les gouvernements minoritaires se succèdent. Les soi-disant opposants contestent le recours au 49-3, d’autres négocient des arrangements pour garder leur place, mais tous se sont bien gardés de censurer les gouvernements à la botte de Macron, et encore moins d’actionner l’article 68 pour le destituer.
Macron est coupable de dérive totalitaire avec le soutien du parlement et du gouvernement. M. Lecornu peut tout à fait, sans aucune conséquence ni pour lui ni pour aucun membre de son gouvernement, refuser d’obtempérer à l’injonction macronesque de faire absolument interdire les réseaux sociaux aux moins de quinze ans d’ici le printemps. Quant au parlement, son apathie face à la décision d’expulser Xenia Fedorova ne fait que confirmer sa passivité totale devant la folle et ruineuse fuite en avant dans la guerre en Ukraine. Les Républicains qui ont signé un contrat d’assurance tous risques à Macron depuis 2022 sont même allés jusqu’à co-signer un texte sénatorial avec un socialiste et un centriste pour lutter contre « des ingérences intérieures ». Les ingérences intérieures s’appellent tout bonnement campagnes électorales. Ça existe depuis 211 ans qu’il y a des élections libres, avec la Chambre introuvable du 14 août 1815, sous Louis XVIII. Les parlementaires ayant manqué à leur mission de représenter le peuple, il est temps de passer à la démocratie directe par le referendum d’initiative populaire tel qu’il est pratiqué en Suisse, mais aussi aux niveau local et régional dans des pays aussi divers que l’Allemagne, l’Italie, les États-Unis, entre autres.
Il faut remercier M. Bayrou de sa franchise : effectivement, le pouvoir en place sans discontinuer depuis plus de quatorze ans veut continuer à tenir la France sous la botte d’un clone de Macron. Il n’est pas indifférent que son candidat favori s’appelle Thierry Breton. C’est lui, lorsqu’il était commissaire européen, qui a conçu et fait adopter le DSA, Digital Service Act, qui officialise la censure en pénalisant les plates-formes numériques laissant passer des messages qui ne plaisent pas.
Si tout cela ne fonctionne pas, Macron est prêt à engager un conflit direct avec la Russie pour annuler l’élection présidentielle. Il est en admiration éperdue devant Volodymyr Zelensky dont le mandat a expiré au printemps 2024 et, plus encore, devant Vladimir Poutine : après avoir assuré l’intérim de Boris Eltsine, démissionnaire le 31 décembre 1999, il fut élu en mars suivant pour quatre ans renouvelables une seule fois. Près de 27 ans plus tard, il est toujours là.
En France, un autre président avait été élu pour un mandat non renouvelable de quatre ans. Il resta 22 ans en place mais ça s’est très mal terminé pour la France. Il avait changé de nom dans l’intervalle pour se faire appeler Napoléon III.
Tarick Dali
- Une certaine Caroline Thominet, président d’une ONG, Doc4Ukraine, sur BFM TV le 5 août. Son ONG n’est, évidemment pas, selon la macronardie, une propagandiste ukrainienne.
- Macron avait été réélu le 24 avril 2022. Il avait donc poursuivi ses fonctions immédiatement. C’est lui, de son propre chef et, sous la passivité totale du Conseil constitutionnel, qui a décidé que son second mandat commençait à l’expiration initiale du premier entamé le 14 mai 2017.
- Les femmes savantes.